Comment bien se préparer aux stress tests en entretien ?

Big interro

Plus encore que les questions les plus ardues d’analyse financière, les stress tests (estimations et market sizings, brain teasers, calculs mentaux, etc.) peuvent désarçonner les candidats les mieux préparés. Quand bien même vous connaissez le rapport en l’inflation, le prix des obligations et les taux d’intérêts comme si vous l’aviez vous-même théorisé, cela ne vous sera d’aucune utilité si un interviewer vous demande combien de ballons d’hélium peuvent tenir dans un bus de la RATP.

C’est bien pour cela que certains recruteurs (en conseil en stratégie, en banque d’affaires, etc.) affectionnent ce type de questions. Certaines professions doivent embaucher des candidats capables de donner le meilleur d’eux-mêmes sans faillir sous la pression. Les stress tests apparaissent de ce fait comme une bonne façon de tester les candidats au poste.

Ces questions ne sont pas tout à fait vaines pour autant. Elles permettent aux recruteurs d’évaluer votre capacité à analyser une situation, et d’en tirer des conclusions argumentées et quantitativement justifiées. Certains estiment même qu’il n’est pas systématiquement nécessaire d’aboutir à la réponse exacte, mais que la rigueur et la précision de votre raisonnement suffisent à témoigner de vos capacités analytiques.

Les estimations

Elles s’appliquent généralement à la taille d’un marché ou au nombre d’objets que l’on peut faire tenir dans un espace (ce qui suppose que vous connaissiez les formules élémentaires permettant de calculer le volume d’un objet selon sa forme). Les estimations sont plus fréquentes dans les entretiens de conseil, mais peuvent tout aussi bien survenir en banque d’affaires – ou dans des domaines qui n’ont rien à voir : on les retrouverait fréquemment chez Google, Facebook ou Amazon.

L’entraînement est ce qui permet de réussir le mieux les estimations, en dépit du stress que peuvent provoquer ces questions. Le fait de s’y entraîner, à voix haute (comme attendu pendant l’exercice) et avec un partenaire (ce qui vous contraint à communiquer clairement) permet ainsi de se familiariser avec l’exercice et d’en découvrir un panel conséquent. N’hésitez pas à échanger avec vos amis ou des alumni ayant passé des entretiens dans les entreprises que vous visez, dans la mesure où certains cas sont susceptibles de revenir plusieurs fois. Gardez à l’esprit que ces exercices d’estimations, de même que de simples questions de calcul mental, sont destinées à vous faire un peu stresser, afin que votre interviewer puisse constater le bon fonctionnement de votre esprit sous pression.

Lors des estimations, vous pourrez commettre quatre erreurs principales : les erreurs de calcul mental, les erreurs de raisonnement, le fait de donner une réponse au hasard, et celui d’abandonner en cours de route. Les interviewers veulent avoir en face d’eux des candidats pleins de ressources, créatifs et rationnels. Ils ne s’attendent pas systématiquement à ce que vous tombiez sur la bonne réponse (ce qui ne serait évidemment pas en votre défaveur pour autant), d’autant plus qu’eux-mêmes parfois ne la connaissent pas en amont, et tentent de réfléchir en même temps que vous au problème qu’ils vous ont posé (à une différence près : ils ne le font pas à voix haute, et avec un peu moins de stress dans la mesure où ils sont déjà en poste…). 

La tactique la plus prudente pour résoudre une question d’estimation est de penser en entonnoir, du plus large au plus précis. Partons d’un exemple concret.

Le Boeing et les balles de ping-pong : une fable

Combien de balles de ping-pong peut-on faire tenir dans un Boeing 747 ? Impossible de répondre au hasard (parle-t-on de centaines de milliers, de millions, de milliards ?), et il serait suicidaire d’abandonner. Il faut ainsi décomposer la question, et avoir une idée du volume d’une balle de ping-pong, et du volume d’un 747.

Dans chaque estimation, vous devez comprendre assez vite si l’interviewer sera là pour vous donner des informations, ou si vous devrez absolument tout estimer par vous-même. Dans le cas du problème que nous venons de poser, vous pouvez simplement demander à l’interviewer « quel est le volume d’une balle de ping-pong » : s’il ne connait pas la réponse ou s’il refuse de vous répondre à vous de le supposer.

Disons qu’une balle de ping-pong a un volume de 10cm3. Supposons que tous les sièges d’un avion sont retirés ; sachant que deux sièges occupent à peu près le même espace qu’un réfrigérateur, qu’un réfrigérateur a une contenance moyenne de 500000cm3, on peut estimer que le volume moyen d’une personne est de 250000cm3.

Un 747 dispose d’environ 400 sièges, en plus de couloirs, de toilettes, d’espaces destinés à l’équipage, et d’environ 25 sièges en première classe. On peut supposer qu’il y a trois couloirs, trois couloirs (deux sur le pont principal, un à l’étage), 14 toilettes, et trois espaces réservés à l’équipage, et que l’espace de ce dernier permet de faire tenir l’équivalent de six personnes, que les toilettes permettent de faire tenir deux personnes, et que les couloirs permettent de faire tenir 50 personnes chacun au pont inférieur, et 20 personnes sur le pont supérieur. Ce qui, en tout, constitue l’équivalent de 120 personnes supplémentaires. Dans la mesure où quelqu’un devra bien faire voler cet avion plein de balles de ping-pong, l’on ne tiendra pas compte du cockpit.

Un 747 a ainsi la capacité, vidé de ses sièges, toilettes, etc., de faire tenir environ 600 personnes. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines, car il faut également tenir compte du cargo, des soutes, et des espaces au-dessus de la tête des passagers (ceux d’où tombent les valises quand il y a des turbulences). On peut faire une estimation très approximative, et supposer qu’un avion dispose d’assez d’espace pour faire tenir quatre fois plus de personnes qu’il en contient réellement.

De ce fait, nous avons l’équivalent de 3000 personnes dans un 747 à vide, en termes de volume. 3000 x 250000cm3 = 750 millions de cm3 ; divisé par 10cm3 (la supposition que l’on avait faite du volume de balle de ping-pong) : 75 millions de balles de ping-pong. Or, dans la mesure où des sphères ne s’empilent pas parfaitement, on peut estimer que l’on ne pourrait en faire tenir que les 2/3, soit 50 millions de balles.

N’hésitez pas à écrire ces étapes, et les calculs qui les accompagnent, sous la forme d’un arbre logique – sans quoi vous risquez de vous perdre assez vite durant le développement. Autre conseil : comme vous choisissez les nombres, n’hésitez pas à pendre ceux qui vous facilitent la tâche et qui se multiplient facilement. Enfin, n’hésitez pas à fournir « l’extra mile » qui prouvera à vos employeurs que vous ne craignez pas l’effort ou la difficulté, ici par exemple en estimant le poids de ces balles de ping-pong, et en déduisant la consommation de carburant par balle par kilomètre parcouru.

Les brainteasers

Les brainteasers reviennent plus fréquemment dans les interviews de banque d’affaires qu’en conseil, mais on peut cela dit les retrouver dans beaucoup de domaines. Certaines ont presque un statut de légende urbaine, tellement on les a entendus dans les couloirs d’écoles de commerce et d’ingénieurs ; par exemple, « pourquoi les bouches d’égout sont-elles rondes », qui n’aurait pas de réponse définitive (on ne vous donne pas la réponse, si vous séchez n’hésitez pas à faire un tour sur Google).  D’autres questions ont une réponse bien déterminée (ex : vous courez un tour de stade à 10km/h ; à quelle vitesse moyenne devez-vous courir le second tour pour que la vitesse moyenne soit de 20km/h ? On ne vous donne pas la réponse non plus, mais ce n’est pas 15km/h).

Dans tous les cas, les recruteurs seront attentifs à votre rigueur, votre créativité (toute aussi importante que la rigueur…) et à votre capacité à déconstruire un problème à partir de questions pertinentes.

Cela dit, ce n’est pas aisé. Les brainteasers sont déstructurés, donc il est relativement impossible de proposer une méthodologie réplicable à l’envi. Voici toutefois quelques règles faciles à mémoriser :

1/ Prenez des notes lorsque le recruteur dicte l’énoncé, surtout si l’exercice en question a une forte dimension quantitative. Cela vous permettra d’organiser vos pensées de façon ordonnée, et de garder la tête claire.

2/ Pensez à voix haute, afin que l’interviewer puisse vous suivre dans vos raisonnements. Cela peut sembler contre intuitif, mais cela permet à ce dernier de voir comment vous réfléchissez, et comment vous réagissez lorsque vous vous heurtez à des problèmes inattendus.

3/ Faites des maths. Du calcul mental, principalement. L’on ne vous demandera pas la lune, mais des produits en croix et des divisions euclidiennes. Sachez donc simplifier une équation rapidement, et soyez au clair sur les exercices de calculs mentaux (et de géométrie) les plus évidents.

Voici quelques exemples de brainteasers, si vous souhaitez vous entraîner :

Combien de pots de peinture blanche sont vendus chaque année aux USA ?

A combien estimez-vous le marché des couches culottes en Chine ?

Combien de m2 de pizza sont mangés chaque mois à Paris ?

A combien estimez-vous le poids de la tour Montparnasse ?

Vous regardez votre montre et il est 15h15 : quel est l’angle entre l’aiguille des heures et celle des minutes ?

Vous avez un seau de cinq litres, et un seau de trois litres. Vous devez obtenir précisément quatre litres. Comment faites-vous ?

A vous de jouer !

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