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Argent vs Engagement : le paradoxe de la Gen Z

  • mercredi 3 avril 2024
  • Noémie Kempf

Pour beaucoup de recruteurs, la Gen Z apparaît comme un véritable Rubik’s Cube, difficile (voire impossible ?) à résoudre… Les attentes des Z semblent en effet parfois contradictoires !

Pour beaucoup de recruteurs, la Gen Z apparaît comme un véritable Rubik’s Cube, difficile (voire impossible ?) à résoudre… Les attentes des Z semblent en effet parfois contradictoires ! Entre niveau de salaire désiré et valeurs, engagement et rémunération : où mettre le curseur pour créer une culture d'entreprise et des fiches de poste qui donnent envie de postuler ?


Elodie Gentina, professeur en marketing à IÉSEG School of Management, met parfaitement le doigt sur un paradoxe de plus en plus marqué chez les jeunes générations, qui donne des migraines aux recruteurs. 


« Dans le monde du travail, le salaire reste l’enjeu principal, mais pas uniquement pour les Gen Z. C’est aussi un sujet essentiel pour les autres générations ! Ceci étant dit, le salaire ne suffit plus. Pour fidéliser ses talents, l’entreprise doit aussi avoir une vraie politique RSE, renouveler ses missions, aider chaque collaborateur à grandir et s’épanouir. Il existe bien d’autres critères que la valeur monétaire pour engager et fidéliser, et ces derniers prennent une importance grandissante. »


Alors entre moula et mission personnelle : comment conquérir le cœur de la Gen Z ? Dans cet article, on vous aide à décrypter leurs attentes et à mettre le curseur au bon endroit… 


Une génération angoissée par l’insécurité financière


À en croire une étude d’Opinion Matters, environ 50 % des Français considèrent le salaire comme principal levier de motivation au travail. C’est particulièrement vrai pour la Gen Z qui, si l’on en croit les chiffres de la plateforme JobTeaser, postulent en grande majorité pour les métiers de la finance (qui sont, accessoirement, les plus rémunérateurs). 


Mais si l’argent reste un facteur de décision fondamental pour les talents de la Gen Z au moment de choisir leur employeur, ce n’est pas exactement pour les raisons que l’on pourrait imaginer. 


Plutôt que de dresser un portrait plutôt vénal des talents de demain, il est important de rappeler que la nouvelle génération évolue dans un environnement professionnel où le plein emploi est depuis longtemps un vieux mirage. Sans oublier l’inflation, qui pèse lourd sur le pouvoir d’achat et tend à rendre le niveau de salaire un critère d’orientation professionnelle de plus en plus important. 


Ainsi, quand on observe que 84 % des Gen Z accordent plus d’importance à un emploi qui soit correctement rémunéré (selon une étude de Finance et Investissement), on peut l’interpréter comme une expression par les jeunes talents de leur peur de manquer. Mais manque de quoi ? L’angoisse de devoir rembourser un prêt étudiant, les difficultés de fins de mois et les calculs d’apothicaire pour arbitrer entre une sortie ciné et un restaurant... Les raisons sont nombreuses pour les jeunes talents. Ainsi, le graal reste logiquement de trouver un emploi stable, avec une rémunération qui permette de vivre dignement (voire de s’octroyer quelques petits plaisirs occasionnels). 


La réussite : une question de sens et d’impact


En parallèle de cette recherche de stabilité et d’un salaire qui permette de ne pas tomber dans la précarité, la Gen Z est aussi et surtout en quête de sens. Toujours selon la même étude de Finance et Investissement, les Z seraient aussi 85 % à déclarer accorder plus d’importance à un emploi qui correspond à leurs valeurs !


Lors du premier épisode de LA CONV, un format vidéo conçu par JobTeaser et donnant la parole à des étudiants, Léna déclarait « Je pense que la réussite, c'est vraiment de trouver tout simplement ce qui nous fait vibrer, la raison pour laquelle on se lève. Après, on s’y met soit à fond, soit on l’a un petit peu dans son quotidien. »


Ces aspirations contradictoires (sécurité et passion) peuvent compliquer la recherche d’emploi, et brouiller le message que reçoivent les recruteurs au moment de publier une fiche de poste. Alors, faut-il mettre l’accent sur le salaire ? 


Toujours dans LA CONV, Ifa offre des éléments de réponse. Selon elle, « le but de la vie, c'est pas faire de l'argent. Moi, l'argent, c'est un outil qui m’aide à arriver à certains buts, à certains objectifs. Mais ma finalité, c'est pas d'être riche, même si cela contribue quand même au bonheur dans notre pays. » 


Le Graal, ce serait donc de trouver un métier à impact, qui allie cette quête de sens et la recherche d’une rémunération attractive. D’ailleurs, d’après une récente étude,  79 % des membres de la Gen Z refuseraient un job qui n’a pas de sens !


On peut en effet observer un véritable boom des métiers à impact sur le marché du travail. La plateforme JobTeaser n’est pas en reste : depuis 2017, les métiers de la RSE et de l’impact y ont enregistré une croissance de plus de 420 % ! Les entreprises sont ainsi amenées à transformer leur culture interne et leurs processus RH pour offrir plus d’inclusivité, un style managérial horizontal, et adapter leurs pratiques afin qu’elles soient plus respectueuses de l’environnement. 


Toute la complexité du secteur à impact est cependant que dans sa grande majorité, il est représenté par les petites entreprises. En effet, les PME seraient à l'origine de 50 % des offres d’emploi pour ces métiers dits à “enjeu” (contre seulement 15 % pour les grandes entreprises). Difficile dans ce contexte d’allier sens au travail et un package salarial compétitif, voire des opportunités d’évolution à long terme qui fassent rêver les jeunes talents. 

Comment réconcilier les aspirations financières et les valeurs de la Gen Z ?


On en revient donc toujours à ce fameux paradoxe, qui semble coller à la peau de la Gen Z, que ses détracteurs décrivent parfois comme la génération qui se mobilise pour le climat tout en faisant son shopping auprès des grandes enseignes de la fast fashion. 


Et pourtant, cette situation ne peut pas se réduire à une génération : elle doit plutôt être considérée à l’aune d’un contexte économique et social bien particulier, traversé par des crises multiples. Le paradoxe de la Gen Z n'est d’ailleurs pas sans rappeler la génération de Mai 68, qui a vite reposé ses pavés pour entamer l’un des cycles de capitalisme les plus intenses jamais connus…


Alors, comment trouver le juste milieu entre deux aspirations qui semblent, à priori, contradictoires ? Tout l’enjeu des entreprises est de remettre la balle au centre, et de créer un environnement de travail qui permettrait aux talents de ne pas avoir à choisir. 


De la même manière que la finance verte permet d’investir (et de générer des profits) tout en limitant son impact sur la planète, l’entreprise de demain peut continuer de réaliser des profits tout en défendant des valeurs qui soient plus alignées avec celles de la Gen Z. 

Plus que son modèle économique, créer une culture interne réellement inclusive, respectueuse de l’environnement comme de l’humain, est absolument indispensable pour attirer et fidéliser les jeunes talents. L’engagement des employés étant un facteur de croissance pour l’entreprise, ce paradoxe peut, au final, créer un cercle vertueux pour les deux parties !