Apprendre à se démarquer lors d’un entretien de groupe ?

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D’emblée, soyons honnêtes : l’entretien de groupe n’est pas un exercice facile. Redouté par bon nombre de candidats, il présente un avantage certain pour les recruteurs en ce qu’il leur fait gagner du temps (en leur permettant d’évaluer plusieurs candidats à la fois), tout en se forgeant une certitude (en évaluant la capacité de plusieurs candidats à travailler en équipe et sous pression).

Dans le même temps, il vous donne une occasion unique pour convaincre votre futur employeur de votre adéquation avec le poste, par votre capacité à traiter un sujet donné en un temps limité, tout en démontrant votre capacité à vous adapter à une équipe dont vous ne connaissez pas les membres, tout en exploitant au maximum ses lignes de force.

L’entretien de groupe déconcerte parce qu’il ne sollicite pas les mêmes réflexes qu’un entretien individuel, la même préparation qu’une étude de cas classique, et ne s’apparente pas à un projet de groupe tel qu’on peut être amené à en faire l’expérience au cours de ses études. Pourtant, il n’en est pas moins un mode d’évaluation indispensable aux yeux de nombreux recruteurs.

Qu’est ce qu’un entretien de groupe ?

Comme son nom l’indique, un entretien de groupe consiste à évaluer plusieurs candidats simultanément, en leur proposant de consacrer un temps déterminé à une étude de cas. Il arrive qu’un ensemble documentaire soit distribué, et que le sujet soit préalablement segmenté en un nombre de question auxquelles vous devrez répondre.

Il regroupe la plupart du temps entre quatre et huit candidats à qui une problématique afférente à l’emploi auquel ils postulent est soumise. Ces derniers disposent ainsi d’un laps de temps délimité, souvent d’un peu plus d’une heure, pour mettre leurs compétences en commun, gagner une compréhension cohérente du problème qui leur est posé, et développer une vision globalement partagée sur la meilleure façon de le résoudre.

Schématiquement, l’entretien de groupe se déroule la plupart du temps en quatre phases :

  1. Le ou les recruteurs exposent le sujet à traiter dans ses grandes lignes, et posent les règles du jeu : structuration des équipes, temps alloué à l’étude du problème puis à la restitution de la solution proposée, autant d’éléments à intégrer afin d’être sûr de répondre aux consignes données ;
  2. Les candidats prennent le temps, individuellement, d’étudier un ensemble de documents qui permettront de répondre au problème posé.
  3. Le temps est alors à la mutualisation des données, et à la constitution d’une compréhension commune : les candidats prennent ainsi le temps de vérifier qu’ils ont la même compréhension du problème, et qu’ils partagent une vision commune sur le traitement à adopter ;
  4. Après avoir élaboré une méthodologie de réponse au problème, les candidats se partagent les tâches et collaborent sur les différentes parties à traiter ;
  5. Vient alors la restitution : tour à tour, l’équipe de candidats exposent les différentes parties de leur argumentaire.
  6. S’ensuit parfois un bref échange, où les recruteurs sont amenés à challenger les propositions émises. C’est à ce moment que les candidats, le couteau entre les dents, ont la fâcheuse tendance de s’écharper les uns les autres ;

Il est impératif de garder à l’esprit que les recruteurs n’évaluent pas que la cinquième partie, allouée à la restitution. A l’instar d’une démonstration mathématique, le résultat importe tout autant que a méthodologie qui vous y a mené. En d’autres termes, il est vivement décsonseillé de se contenter de « déléguer » les tâches pénibles à vos collègues d’un jour : mettez la main à la pâte, soyez force de proposition et ne vous contentez pas de suivre, les recruteurs sauront l’accepter. Gardez bien à l’esprit que vous êtes observés – a fortiori évalués – du début à la fin : Big Brother is watching you.

Or, si le but explicite de l’entretien de groupe est de vous faire travailler en équipe, donc de mettre en commun vos capacités, vous n’en devez pas moins démontrer que vous êtes le plus apte pour le poste à la clé. Car bien souvent, seule une infime minorité de candidats est finalement sélectionnée.

Il est clé de se démarquer lors ce de genre d’entretiens …

… Et pourtant, ce n’est pas évident. En effet, à trop tenter de se faire voir par les recruteurs, le risque de monopoliser la parole ou l’attention sans réellement tirer parti des dynamiques de l’équipe et de passer à côté des attentes au sujet de la résolution de l’étude de cas est plus fort.

Se démarquer, c’est affirmer son empreinte. Être assertif mais à l’écoute, ouvert à l’échange tout en ayant conscience qu’en fin de compte, c’est aussi la pertinence de votre propre point de vue qui doit jouer en votre faveur. C’est un jeu d’équilibre délicat, qui requiert non seulement la maîtrise du sujet posé, mais également tact et confiance.

Avant d’aborder le vif du sujet, certaines évidences méritent d’être rappelées. Sans tomber dans la caricature, les recruteurs cherchent un bon fit. Et un bon fit, c’est autant quelqu’un qui a les compétences pour le poste qu’un collègue avec qui l’on aura plaisir à travailler dans une ambiance productive. Soyez sympa. Soyez ouvert. Soyez dynamiques. Si vous voulez donner envie à un recruteur, il faut que vous-même, vous ayez envie d’être là. Avant même d’arriver, il faut que vous connaissiez les codes implicites du secteur ou de l’entreprise où vous postulez. Si vous arrivez en costume & cravate / jupe & tailleur pour un entretien de rédacteur dans une agence de pub, vous ne serez pas pris au sérieux. Si vous déambulez en t-shirt & Stan Smith devant un parterre de consultants en stratégie, vous ne serez pas pris – tout court.

Ces principes s’appliquent tout autant à vos interactions avec les autres candidats. Vous aurez envie de collaborer avec certains, d’autres pourront vous donner de l’urticaire. C’st là que vous devrez faire preuve de professionnalisme : vis-à-vis du groupe, votre état d’esprit doit être de résoudre le problème donné le plus efficacement possible, et de maximiser le produit de votre coopération. Pour le dire autrement, si des affinités apparaissent et que vous prenez un réel plaisir à la résolution du cas, c’est tant mieux. Si a contrario, le stress et l’enjeu faisant leur effet, vous ne ressentez pas de sympathie particulièrement intense vis-à-vis des autres candidats (qui sont, rappelons-le, tant vos collaborateurs d’un instant que vos concurrents), respirez un grand coup, et investissez toute votre énergie dans la résolution du problème donné.

Comprendre la dynamique du groupe, et l’infléchir positivement

Avant de pouvoir vous démarquer, il faut que vous ayez pris vos marques. En d’autres termes, comprenez les attentes des recruteurs. Elles s’appliquent tant à la compréhension du sujet donné, qu’au mode de fonctionnement optimal de votre nouvelle équipe.

A / Se forger une conviction sur le sujet

Comprendre le sujet, c’est un élément primordial que vous pouvez aisément sécuriser. En d’autres termes, arrivez préparé. Afin de pouvoir improviser, un chef d’entreprise, un homme politique ou même un acteur doit connaître son sujet sur le bout des doigts. Il en va de même pour vous : de facto, vous serez amené à improviser avec votre groupe. Alors une préparation de fond doit être mené en amont : connaissez l’entreprise, le secteur, les tendances du moment et les évolutions du marché. En ce sens, vous pouvez capitaliser sur les révisions que vous aurez menées pour la préparation d’autres entretiens individuels.

C’est crucial : vous devez porter une conviction. C’est le seul moyen de développer un leadership légitime au sein du groupe, et d’être force proposition de façon intelligente – par opposition à une proactivité bavarde qui aura pour seule fin d’essayer de vous faire remarquer à tout prix. Cette conviction va naître de vos connaissances antérieures du sujet, et de votre confrontation à la problématique posée pendant l’entretien.

Cette conviction, partagez-là avec les autres membres. Si elle est repose sur des arguments solides, elle viendra enrichir la dynamique du groupe. Si elle est sincère, vous pourrez la partager sans craindre que d’autres tentent de s’approprier vos idées : vous les défendrez mieux qu’eux.

B / Identifier les lignes de force du groupe, et optimiser la répartition des tâches

Comprendre le sujet posé, cela ne suffit évidemment pas. Après avoir interagi avec les autres candidats, soyez lucides. Tenter de prendre le leadership à tout prix n’est pas systématiquement une bonne stratégie – bien qu’il faille évidemment se faire entendre, et qu’il soit mieux vu d’être leader que suiveur. C’est pourquoi vous devez absolument identifier les lignes de force inhérentes à votre équipe. Attribuez les sujets quanti au matheux, la modélisation économique au profil commercial, et le choix de la façon de les communiquer au littéraire. Cela semble couler de source, mais en situation les candidats sont fréquemment tentés de s’attribuer des sujets en fonction d’autres critères subjectifs (« le plus intéressant », « ce qui risque d’impressionner le plus les recruteurs », etc.), au détriment de la dynamique de groupe. En traitant un sujet sur lequel vous êtes compétent, quel qu’il soit, vous maximiserez vos chances d’avoir des idées pertinentes, donc de vous faire remarquer.

C / Jouer collectif en misant sur sa propre réussite

En perspective de la restitution des idées, répartissez le temps de parole équitablement. Certes, les recruteurs vous auront également examiné au cours de la phase préparatoire, mais la phase de restitution demeure la fenêtre d’opportunité principale pour faire vos preuves. Après avoir mutualisé vos connaissances sur le sujet et structuré la problématisation du problème, sachez qui va parler de quoi. Gardez à l’esprit que l’exposition de vos idées n’a pas vocation à être un gospel, mais une série de solos bien articulée.

Cela suppose d’être à l’écoute, de savoir remettre en question ses idées tout en restant confiant vis-à-vis de ses convictions. Savoir valoriser les bonnes idées des autres, également : cela joue en faveur d’une dynamique d’équipe positive, et un recruteur sait mieux que quiconque qu’il est tout aussi important de savoir reconnaître et s’entourer de personnes compétentes que de l’être soi-même.

En synthèse, se démarquer lors d’un entretien collectif est un exercice d’équilibriste. Faire preuve de tact et d’assertivité, être à l’écoute tout en sachant s’imposer au sein d’un collectif. Gardez à l’esprit que votre équipe doit gagner – cela va de soi – mais que vous devez être nommé ballon d’or. 

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