Recrutement des jeunes diplômés : que peuvent faire les entreprises face aux sirènes du freelancing ?

  • Bonnes pratiques RH
  • lundi 29 juin 2026
  • Paulina Jonquères d’Oriola

Comment recruter et fidéliser les jeunes diplômés tentés par le freelancing ? Flexibilité, management, montée en compétences : les solutions des entreprises.

Au-delà de 25 ans, deux jeunes diplômés sur trois sont en CDI. Mais si ce contrat demeure majoritaire, la promesse du freelancing fait de l'œil à une génération plus déterminée que jamais à conquérir sa liberté. Loin d’avoir dit leur dernier mot, certaines sociétés se sont transformées pour capitaliser sur les atouts de ces ces profils hybrides.

Mener de front une mission pour le Crédit Agricole en tant qu’ingénieure tout en faisant fleurir son solo business ? C’est le quotidien de Michelle Dombu avec son auto-entreprise de mode Rewela. Passée par le concours Altern’Up organisé par la Fondation innovations pour les apprentissages (FIPA), Michelle voit fleurir son business chaque jour.

A l’origine, j’ai créé mon auto-entreprise pour m’évader car j’ai mal vécu le départ de mon pays et le changement d’environnement à la fin de mes études”, nous raconte-t-elle.  Passionnée de tricot, elle conçoit des articles de beach wear et génère un CA de 25K dès la première année (et réalise 5K de plus l’année suivante, un joli complément de revenu).

Pourquoi recruter un jeune diplômé qui développe déjà son activité ?

Au départ, Michelle nous raconte avoir hésité à révéler son activité en entretien. “Je pensais que l’on pouvait se dire que je serais moins disponible. En réalité, tous mes employeurs m’ont dit rechercher des profils comme le miens, capables de parler, se vendre, bref, se positionner comme de vrais chefs d’entreprise”.

Au sein de JobTeaser, ce n’est pas Emilie Ornon, HR business partner, qui va la contredire. “Ces profils entrepreneuriaux peuvent beaucoup apporter à l’entreprise. Rien que le fait d’être capable de générer un CA avec leurs propres clients est une compétence en soi qui peut être très utile ”, soutient-elle. Savoir vendre, convaincre, trouver des clients, gérer un projet, être autonome... Emilie nous explique par exemple rechercher ces profils “intrapreneuriaux” et particulièrement agiles lors de lancements de produits.

On ne transige pas sur la flexibilité !

Pour Romain Dionnet, Directeur chez Hays, il ne faut effectivement pas opposer freelancing et salariat. “L’un ne vient pas forcément en défaut de l’autre. En revanche, il est clair que les jeunes ne vont pas déroger sur l’autonomie et l’indépendance”, soutient-il. Ainsi, certaines entreprises vont plus loin en proposant des horaires totalement flexibles : elles imposent simplement une plage commune pour organiser les réunions, mais le salarié peut travailler tôt le matin ou tard le soir.

Des valeurs cardinales pour Michelle : “Je fais toujours mon travail sérieusement, mais quand j’ai fixé des jours de télétravail, je ne veux pas que l’on revienne sur mon organisation”, raconte-t-elle. Ce qu’elle abhorre plus que tout ? Le micro-management.

Pour autant, même si son auto-entreprise génère des revenus satisfaisants, Michelle n’envisage de se lancer pleinement que dans 3 ou 4 ans. “J’ai vraiment envie d’être salariée afin de mieux comprendre l’écosystème, et découvrir différentes manières de manager et gérer une entreprise”, raconte-t-elle. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle travaille en ESN afin de multiplier les expériences.

Freelancing versus salariat : faut-il vraiment choisir ?

DRH du groupe Eudonet, passée par Mangopay et Bene Bono, Christelle Vaugelade-Kalipé ne croit pas non plus en une séparation des deux mondes : le CDI d’un côté, le freelancing de l’autre. Déjà, parce que la plupart des jeunes qui ont une activité entrepreneuriale le font en marge de leur emploi salarié, mais aussi parce qu’il n’est plus rare de jongler d’un statut à l’autre.

Ainsi, la DRH croit farouchement en l’hybridation. “Quand un jeune vient chez vous, soyez ouvert sur les modalités de contrats. Certains passeront peut-être du CDI au freelancing en demeurant vos partenaires. La fidélité peut perdurer au-delà du contrat de travail”, soutient-elle. Certaines entreprises comme Shine vont même plus loin en proposant aux talents de faire une journée de freelancing chaque mois, tout en étant rémunérés par l’entreprise.

Un management soutenant

Christelle est également persuadée qu’une attention particulière doit être accordée à la rétention qui est parfois minorée par rapport à l’acquisition de jeunes talents. À ce titre, la qualité du management demeure centrale à ses yeux pour capter ces profils pouvant être attirés par le freelancing.

C’est pourquoi elle mène actuellement un travail de fond pour constituer un référentiel manager : “Je crois que le management est comme une chorégraphie qui s’apprend, avec ses rites, ses pas”.

Une montée en compétences accélérée

Aussi, en accordant leur confiance à une entreprise, les jeunes attendent de pouvoir rapidement monter en compétences. “Certaines entreprises dégagent par exemple un vendredi sur deux à leurs équipes pour qu’elles se forment”, rapporte la DRH d’Eudonet. Elle ajoute que les plans de carrière doivent être clairs, et proposer à la fois des parcours managériaux mais aussi de contributeurs individuels afin de répondre à toutes les aspirations… le tout adossé à des grilles de rémunérations objectives et transparentes.

Pour Emilie Ornon, il est effectivement central de proposer aux jeunes des perspectives d’évolution. “Chez nous, les stagiaires sont invités à être force de proposition. Ensuite, nous ouvrons en priorité nos positions à l’interne. J’ai l’exemple d’une jeune femme arrivée chez nous il y a 8 ans et qui a évolué jusqu’au poste de VP Business”. Elle rappelle enfin que le plus important demeure que les promesses de l’entreprise se concrétisent dans le quotidien des salariés.

Dans ma boîte à outils, je demande :

Un management formé, des objectifs clairs, un feedback de qualité, une politique de rémunération claire et visible, une flexibilité encadrée, un plan de carrière dessiné, et un accès réel à la formation. Plus que d'empêcher les jeunes de partir un jour à leur compte, l'enjeu consiste peut-être à leur offrir suffisamment de confiance pour qu'ils aient envie de rester... au moins quelques années.