Comment évaluer la capacité d’apprentissage en entretien ?
- Bonnes pratiques RH
- mardi 7 avril 2026
- Paulina Jonquères d’Oriola
La capacité à apprendre et évoluer en environnement agile est essentielle. Mais peut-on vraiment évaluer ce potentiel en entretien ? Comment identifier la “learning agility” chez un candidat ? Découvrez nos conseils pour mieux la détecter.

Comment évaluer la capacité d’apprentissage des jeunes talents en entretien ?
La capacité à apprendre et à se mouvoir dans des environnements agiles semble plus que jamais cardinale. Mais est-il réellement possible d’évaluer le potentiel d’un candidat à travers quelques questions d’entretien de recrutement ? Comment détecter la “learning agility” ? Retrouvez tous nos conseils !
Alors que nous évoluons aujourd’hui dans un monde que les anglosaxons qualifient de VUCA (marqué par la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté), nos repères classiques ne suffisent plus pour décider. Aujourd’hui, la soft skill la plus stratégique s’avère être la capacité à apprendre. “Pour les entreprises, c’est un vrai jeu d’équilibriste : elles sont dépendantes de changements exogènes à la structure et sont elles-mêmes dans le flou, ce qui impose aux collaborateurs une agilité sans précédent”, analyse Léna Basile, Directrice Talent, Learning & Development au sein de GPO (Groupe Paredes Orapi).
La principale responsable de ce mouvement ? L’intelligence artificielle, pardi ! Même si son usage n’est pas encore aussi massif qu’on pourrait le croire, chacun va devoir apprendre à composer avec elle pour développer ses compétences. Léo Bernard, Cofondateur de Blendy, convoque ici le concept de la courbe en K : “Si une personne utilise mal l’IA en ne faisant que déléguer, sa courbe va être descendante. Si, au contraire, elle l’utilise pour augmenter ses capacités, sa courbe sera ascendante.”
Qu’est-ce que la learning agility (capacité à apprendre) ?
Une soft skill clé du recrutement
Ceci étant dit, que signifie donc cette “capacité à apprendre” ? Dans une expérience passée au sein de la startup allemande Choco, Léo Bernard se souvient des mots du fondateur qui plébiscitait une valeur fondamentale chez les candidats : “la capacité à grandir”.
“Pour lui, il s’agissait à la fois d’un mindset, soit la volonté de dépasser une difficulté par sa soif d’apprendre, mais aussi d’humilité, soit la faculté à accepter que l’on ne sait pas tout.”
Outre l’humilité, la learning agility désigne aussi “la capacité à s’adapter au changement, résoudre des problèmes complexes ou encore de collaborer efficacement avec les autres pour gagner en performance”, explique Nawal Abboub, docteur en sciences cognitives et co-fondatrice de Rising Up.
Dans un contexte de recrutement sans expérience ou de recrutement de jeunes talents, ces soft skills en entretien deviennent même des critères de recrutement prioritaires.
Comment évaluer la capacité d’apprentissage en entretien ?
Identifier les signaux forts du potentiel candidat
Reste maintenant à déterminer comment évaluer la capacité d’apprentissage en entretien de manière concrète. Plusieurs outils existent - entretien structuré, mises en situation, test de capacité d’apprentissage - mais ils ne suffisent pas à eux seuls.
Pour s’assurer de bien jauger cette compétence, il convient notamment de détecter la curiosité, la capacité à se remettre en question et les signaux de fort potentiel du candidat.
Tester sa manière de réagir aux feedbacks
“On peut par exemple faire un retour à un candidat en entretien 1 et voir s’il ajuste le tir en entretien 2. Il s’agit aussi de voir comment le candidat réagit : essaie-t-il de se justifier ou accepte-t-il le feedback avec enthousiasme ?”, questionne Léo Bernard.
Faire attention à la cohérence du propos
Plutôt que de poser la sempiternelle question “quels sont vos défauts ?”, demandez au candidat d’expliquer comment concrètement il apprend quelque chose de nouveau. “Il est essentiel de ne pas rester dans le déclaratif et de vérifier la concordance avec les illustrations apportées”, recommande Nawal Abboub.
Creuser les retours d’expérience
Demander ce que le candidat a réellement appris d’une situation passée, notamment un échec, et comment il l’a réutilisé ailleurs. “J’évalue beaucoup la capacité d’apprentissage à travers les retours d’expérience personnels. Ce qui m’intéresse, c’est la capacité à dire : j’ai appris de cette situation et je fais différemment depuis”, explique Léna Basile.
Tester la capacité de transposition
Au-delà du vécu, c’est la capacité à transférer un apprentissage dans un autre contexte qui est déterminante. “On revient toujours à la transposabilité d’un savoir-faire à une autre situation. C’est cela qui démontre la capacité à apprendre”, affirme Léna Basile.
Analyser la curiosité du candidat en entretien
Questionner la manière dont il réalise sa veille permet de distinguer une curiosité active d’une simple reproduction de pratiques existantes.
Observer le rapport au changement
“Ce que l’on retrouve chez les personnes qui apprennent moins, c’est cette tendance à reproduire ce qu’elles connaissent, parce que cela les rassure”, souligne Léna Basile.
Proposer des mises en situation concrètes
Peer coding, cas pratiques ou démonstration de prompting IA permettent d’observer en direct la capacité à collaborer, à douter et à ajuster.
S’appuyer sur des outils… sans les survaloriser
Tests psychotechniques, OCEAN (Ouverture à l'expérience, Comportement consciencieux, Extraversion, Amabilité, Névrosisme), DISC (comprendre le style comportemental), SCAN (évaluer les soft skills des candidats pour un poste donné) ou intelligence émotionnelle peuvent enrichir l’analyse. “Ce sont des photos à un instant T. Cela doit rester une base d’échange, pas une vérité absolue”, conclut Léna Basile.
Les erreurs à éviter pour évaluer un candidat
Les biais fréquents en entretien
- Confondre connaissances et compétences (il faut des compétences pour mobiliser à bon escient ses connaissances).
- Miser sur une tête bien pleine sans s’assurer qu’elle soit bien faite, autrement dit ne pas toujours survaloriser les diplômes.
- Réduire la capacité d’apprentissage à des tests de logique (brain teasers du type “combien peut-on loger de balles de ping pong dans une piscine ?”)
- Penser que certains profils apprennent naturellement mieux que d’autres parce qu'ils sont créatifs par exemple.
Conclusion
Évaluer la capacité d’apprentissage en entretien n’a rien d’une science exacte, mais certains signaux forts du potentiel candidat permettent d’en approcher les contours : curiosité, remise en question, capacité de transposition. Dans un monde où les savoirs techniques deviennent rapidement obsolètes, ce n’est plus tant ce qu’un candidat sait aujourd’hui qui compte… que sa capacité à apprendre demain.
Pour aller plus loin : 4 leviers à utiliser en entretien pour déceler le potentiel des jeunes talents au-delà du CV