Préparer (et réussir) les entretiens de cabinets de conseil en stratégie

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Ceux qui l’ont fait vous le confirmeront sans détour : la préparation des entretiens pour intégrer un cabinet de conseil en stratégie est un  parcours du combattant. L’expérience même des entretiens, la suite naturelle de la préparation initiale, une lutte acharnée.

McKinsey, BCG, Bain & Co. et tant d’autres font rêver des milliers d’étudiants, de jeunes actifs et de professionnels expérimentés. A notre niveau – étudiants postulant en stage, ou jeunes actifs en CDI – les entretiens des cabinets de conseil sont aussi difficiles qu’un concours classique des Grandes Ecoles. A ceci près que vous ne disposez d’aucun cadre pour les préparer. En effet, lorsque vous prépariez HEC, l’X ou Normale Sup, vous étiez dans un cadre préparatoire optimal pour réussir ces concours (et cela ne suffit pas à en faire une réussite pour tous). A contrario, vous préparez désormais des entretiens aussi difficiles que ce concours, mais vous êtes à peu près seul : pas d’emploi du temps réfléchi pour vous permettre d’optimiser votre temps de travail, pas de professeurs passionnés pour vous transmettre leur savoir et vous faire grandir, pas de kholles, de concours blancs, de groupes de travail… 

Préparer les entretiens de conseil en stratégie est aussi difficile, exigeant, laborieux et enrichissant que la préparation des concours aux Grandes Ecoles, à ceci près qu’il tient exclusivement à vous de structurer les conditions de votre réussite. Pour ce faire, il est essentiel de distinguer le quoi, du pourquoi et du comment :

  • qu’est ce que le conseil en stratégie ? en quoi consiste le processus de recrutement ?
  • pourquoi est-ce aussi difficile d’être pris dans les cabinets qui en ont fait leur spécialité ?
  • comment préparer sa candidature, de la construction de votre cursus aux entretiens, en passant par la phase de ciblage des candidatures et de l’entraînement aux études de cas ?
  • Les cabinets de conseil en stratégie, entre fantasme et excellence

Le conseil en stratégie est un métier d’excellence, recrutant les meilleurs profils, pour conseiller entreprises et acteurs publics sur la construction de la vision qui va déterminer la conduite de leurs activités. Les missions exercées touchent à tous les secteurs : finance, industrie, services, gouvernements… Les consultants peuvent ainsi construire la stratégie agricole d’un pays en développement durant quelques mois, avant d’aller étudier le coût d’opportunité de l’attaque d’un nouveau marché pour un leader mondial du secteur agroalimentaire. Leurs méthodes, leur rigueur et leurs compétences générales doivent ainsi être indiscutables.

Quelques cabinets sont réputés mondialement pour la qualité de leurs prestations : McKinsey, BCG, Bain & Co., Roland Berger, et une petite dizaine d’autres entreprises. On distingue les acteurs qui font du conseil en stratégie pure, comme ceux précédemment cités, d’autres cabinets spécialisés en conseil en management, en organisation et restructuration, ou en systèmes d’informations, et qui disposent à peu près tous d’une activité dédiée à la stratégie. La difficulté des entretiens varie ainsi d’un acteur à l’autre.

Leurs prestations à tous sont onéreuses, et leur implémentation a un fort impact sur l’économie mondiale : leurs clients ne prennent donc pas à la légère l’octroi de fonds dédiés à ces missions. En conséquence de quoi, les cabinets sont extrêmement exigeants et prudents lors du recrutement de leurs ressources. Lorsque vous êtes en mission chez un client, et que vous émettez une recommandation sur tel ou tel sujet crucial, vous parlez au nom du cabinet qui vous emploie : ces derniers n’ont donc pas droit à l’erreur dans le choix de leurs ressources. Ils attendent donc un ensemble de qualités de la part de l’ensemble de leur personnel : capacité de travail (les horaires sont longs), gestion de la pression, capacités d’analyse et de synthèse, aptitudes humaines (ce n’est pas anodin : les clients ne veulent évidemment pas payer pour que des jeunes actifs estiment mieux comprendre qu’eux une activité découverte lors de la mission), etc.

Le conseil en stratégie est un métier passionnant et à fort impact, prestigieux et rémunérateur, et rares sont les élus qui parviennent à intégrer les meilleurs cabinets. Une stratégie pour y parvenir est ainsi tout aussi indispensable que la préparation des études de cas.

  • Le processus de recrutement, du CV à l’entretien

 Le processus de recrutement est relativement semblable d’un cabinet à l’autre. Le noyau dur réside dans un exercice, l’étude de cas, que vous passerez à l’envi dans les cabinets qui vous recevront. Le processus est divisé en tours d’entretiens, eux-mêmes subdivisés en études de cas. En règle générale, la première étape consiste en un entretien téléphonique avec un membre de l’équipe des ressources humaines. Cette étape surmontée, vous passerez entre trois et quinze tours d’entretiens d’environ une heure, consistant en 1/4h de « fit », ou questions relatives à votre parcours, vos motivations et votre personnalité, et 45mn d’étude de cas.

L’étude de cas est un exercice périlleux et demandant une préparation exhaustive. Elle consiste en une question posée par l’examinateur (ex : telle entreprise, leader du marché des compotes en Europe de l’Ouest, a vu ses profits divisés par trois en deux ans ; pourquoi, et comment y remédier ?), à laquelle vous devrez apporter une réponse structurée, analytiquement justifiée, et menant à des recommandations pour améliorer la situation initiale.

Quelques variantes existent, mais elles ne sont pas légion : l’étude de cas en groupe, l’étude de cas écrite, les brain teaser, etc. Dans chacun de ces cas, vous pourrez quoi qu’il en soit tirer parti de votre préparation aux études de cas classiques.

 Cela étant dit, entre le moment où survient le désir d’intégrer un cabinet de conseil en stratégie, et le moment où vous recevez finalement une offre passent souvent de longs mois. C’est pourquoi il est primordial d’avoir en amont une vision d’ensemble du processus, des étapes qui le composent, et du timing que vous pourrez y consacrer.

La première étape, avant même l’envoi des candidatures, est la prise d’informations. En comprenant en quoi consiste le travail d’un consultant en stratégie et les problématiques qu’il est amené à aborder, vous pourrez tout d’abord tester consistance de votre envie d’y parvenir. Le processus de recrutement étant laborieux, une motivation et une volonté de fer sont indispensables pour y parvenir. En vous faisant une idée de ce qu’est le conseil en stratégie, par des lectures de papers publiés par les cabinets, par des échanges avec des alumni de votre école qui y travaillent, par des recherches sur les sites des entreprises ou dans la presse économique, vous verrez assez bien si c’est un métier qui vous intéresse réellement, et pour quelles raisons.

Cette période de prise d’informations vous permettra également de comprendre la structure du paysage des cabinets en présence. Chacun a ses spécificités, des types de missions ou un état d’esprit qui lui est propre. Une bonne connaissance des divers cabinets vous permettra non seulement d’élargir votre champ de candidatures, mais également de savoir quoi mettre en avant dans chacune d’entre elles. Vous ne vous adresserez en effet pas de la même façon à un cabinet spécialisé en stratégie digitale et à un autre dont le point de fort réside dans les problématiques de Private Equity.

Sans surprise, l’étape suivante consiste à envoyer vos candidatures. Préparez un tableur dans lequel vous indiquerez les cabinets que vous ciblez, les points que vous devez mettre en avant pour chacun d’entre eux, les contacts éventuels que vous y aurez ainsi que tous les détails logistiques (date d’envoi de la candidature, date de relance, date de premier entretien, le cabinet a-t-il répondu ou non, etc.). Cela vous sera utile lorsque vous aurez postulé à 15 postes, afin de savoir où vous en êtes dans l’ensemble, et pour chaque candidature.

Votre CV doit être impeccable : pas de mise en forme fantaisiste, évitez les photos, abolissez les coquilles et fautes d’orthographe. Tant que faire se peut, quantifiez ce que vous y avancez : cela montre que vous raisonnez déjà comme un consultant, avec une exigence de résultats. Par exemple, plutôt que d’écrire « gestion de X grands comptes en communication », préférez « augmentation du CA de x% via la résolution de y situations de crise pour z grands comptes ».

De la même façon, votre lettre de motivation doit être une œuvre d’art. Sachez vous présenter, exprimer de façon concise et justifiée en quoi vous feriez un excellent consultant, et pourquoi le cabinet auquel vous vous adressez est le plus adapté pour réaliser vos ambitions. Ce dernier point est primordial : la personne qui lira votre lettre doit ressentir que vous avez compris « l’esprit maison » de son entreprise, et que vous y serez à votre place. Il est ainsi fortement déconseillé d’envoyer une lettre identique à plusieurs cabinets, car vous ne montreriez pas en quoi, à chaque fois, votre profil, votre parcours, vos aspirations et vos valeurs sont en adéquation avec l’ADN du cabinet dans lequel vous postulez.

Enfin, ne soyez pas naïfs. Envoyer sa candidature sur le portail en ligne d’un cabinet, c’est bien. Pouvoir indiquer, dans la candidature, que l’on est recommandé par x ou y qui y travaille, c’est mieux. Convaincre ledit x ou y d’aller claquer une bise aux RH, de leur offrir un croissant, et de leur dire qu’un candidat génial s’apprête à postuler (vous), c’est idéal.

  • Le case study, ou l’ordalie du consultant

Quelques longues semaines passent, et vous recevez enfin l’appel ou le mail d’un recruteur. Après un entretien d’une vingtaine de minutes, où l’on vous aura fait brièvement exposer votre parcours et vos motivations, le recruteur vous exposera le processus de recrutement (nombre de tours, consistance des entretiens, avec des personnes de quel séniorité, etc.) et fixera une date pour le premier tour. C’est pour cette échéance, et celles qui suivront, que vous devrez être fin prêt.

Comme dit précédemment, les entretiens sont composés d’un quart d’heure de « fit », et de 45mn d’étude de cas. Les deux doivent être attentivement préparés, suivant des modalités différentes. Dans le fit, vous devez être en mesure de mettre en évidence le fil rouge de votre parcours, de parler de situations dans lesquelles vous aurez fait preuve de leadership ou d’une aptitude particulière à travailler en équipe, et chaque expérience mentionnée pourra être questionnée. La constitution d’un fil rouge, ou la mise en cohérence de l’ensemble de votre parcours et des choix qui l’auront composé, demandera un effort particulier. En effet, il est important de savoir raconter son histoire, de créer du sens à rebours au travers de votre parcours, afin de montrer que postuler à un cabinet de conseil en stratégie constitue un choix justifié et préparé par vos expériences antérieures. Tout peut être questionné : afin de clarifier au maximum vos explications, gardez en tête le schéma STAR qui vous contraint à être le plus structuré possible en rapportant vos expériences antérieures (Situation, Task, Action, Resolution – en quantifiant autant que faire se peut chacun de ces éléments).

L’étude de cas se prépare quant à elle comme un concours à part entière. Munissez vous d’un des ouvrages de référence (le Case In Point, le Victor Cheng, le Vault…), voire des trois, lisez les plusieurs fois, connaissez-les par cœur. Ils vous expliqueront en détails qu’est ce qu’une étude de cas, comment la structurer, comment y répondre… En parallèle, entraînez-vous sans relâche aux calculs mentaux (ex : si la part de marché de l’entreprise x était de 58% sur un marché de 98 milliards, et que leur part de marché a baissé de 7%, a combien est valorisée leur nouvelle part de marché ?). Des ouvrages et des applications existent pour se « dérouiller » en calculs mentaux, mais il est impératif que vous soyez rapide et précis dans vos calculs : une erreur, même corrigée l’instant suivant, jouera toujours en votre défaveur. Quand vous connaissez vos frameworks par cœur et que vous êtes une calculatrice ambulante, passez à la pratique.

L’entraînement aux études de cas ne peut pas être outrepassé. Commencez sur Preplounge.com, où vous pourrez prévoir des sessions Skype avec des inconnus… non pas en speed dating mais pour vous faire passer mutuellement des études de cas. Cela vous permettra d’en prévoir à minima deux par jour, quoi que fassent vos connaissances qui préparent les études de cas. Avec celles-ci, constituez un groupe de travail où vous pourrez mutualiser les cas, les frameworks et les expériences. Ce noyau dur constituera l’équipe qui pourra vous mener à la victoire. Enfin, lorsque vous serez suffisamment préparé dans ces deux instances, passez des entretiens à blanc avec vos connaissances travaillant dans les cabinets que vous visez.

Gardez en tête qu’une cinquantaine de cas en entraînement est absolument nécessaire avant d’être un tant soi peut prêt. Certains se présentent à leurs premiers entretiens après plus de 200 cas d’entraînement : ils gagnent ainsi en agilité intellectuelle ce qu’ils perdent en fraîcheur. Commencez par passer les entretiens dans les cabinets que vous désirez le moins, afin de vous entraîner, et de vous habituer à l’atmosphère si particulière qui se crée quand on passe des études de cas. Qui sait – peut-être qu’à force de travail (et avec la pincée de chance indispensable lors de tout examen), vous intégrerez The Firm.

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